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Le développement du langage oral chez l'enfant et son évaluation
La prise en charge des troubles du langage oral chez l'enfant
Les apports de
la neuropsychologie permettent de mieux comprendre les différentes
composantes du langage oral et d'envisager leur relation avec les
réseaux neuronaux. Les travaux de ces dernières années ont clarifié les liens entre langage oral et langage écrit (C. Billard, p. 21). On connaît les compétences langagières sur lesquelles s'appuie l'acquisition du langage écrit. En particulier, on connaît parfaitement la nécessité absolue de bonnes compétences phonologiques pour l'acquisition de la voie d'assemblage permettant la correspondance entre les phonèmes et les graphèmes (C. Billard, p. 21 et cf. J. Morais, Livret Langage écrit ).
Ces liens entre les compétences en langage oral et l'acquisition
du langage écrit sont, pour un enfant de Grande Section porteur
d'un trouble du langage oral, à la base :
Parce que l'enfant évolue
avec l'âge, ses compétences doivent se référer
aux compétences normalement acquises, d'où l'importance
de bien connaître les étapes du développement
du langage oral.
Le langage oral se développe très tôt puisque, dès la naissance, le bébé est capable d'extraire de l'environnement sonore les informations pertinentes sur les régularités du langage : discriminer les contrastes phonétiques, catégoriser les formes globales syllabiques… Il lui reste quand même beaucoup de chemin à faire pour parler comme vous et moi. D'abord le premier temps de la production est le babil vocalique, puis canonique (cinq à dix mois) qui intègre le développement des propriétés articulatoires. La production des mots est évidemment en étroite relation avec la maîtrise progressive de l'articulation des sons de la langue qui apparaît dans un ordre très précis « a, i, ou » puis « o, é, è, e et u » puis « an, in, on » pour les voyelles ; « p, t, k, b, d, g » simultanément, puis « f et v » puis « ch, j, s, z ». Pas possible de bien prononcer les mots avant le développement de la production des sons. Les questionnaires en recherche permettent d'évaluer le développement du lexique : en moyenne cinquante mots compris à un an et cent cinquante à quinze mois ; cent mots produits à dix-huit mois, trois cents à vingt-trois mois, cinq cents à trente mois. Il reste encore à apprendre les règles grammaticales et syntaxiques indispensables pour faire une phrase. Dès deux ans apparaissent les déterminants, les verbes (M.T. Le Normand, p. 24). A côté des données nombreuses de la recherche sur ce développement précoce du langage oral chez l'enfant, les principales données cliniques sur le développement aideront les professionnels à repérer les troubles du langage (C. Billard, p. 29). Sans oublier, que dès la quatrième année, si la coopération de l'enfant est suffisante, seuls les tests étalonnés permettent d'apprécier précisément le profil et la gravité d'un trouble du langage oral chez l'enfant. Aucun diagnostic,
aucun projet thérapeutique, aucun suivi d'évolution
ne peut se passer d'une évaluation rigoureuse, faisant référence
à des tests étalonnés chez l'enfant, donnant
des indications quantitatives et qualitatives et transmise par écrit
de façon lisible. Il reste à développer chez l'enfant des épreuves plus axées sur un regard cognitif des compétences de l'enfant qui devraient amener à mieux comprendre les dysfonctionnements et peut-être mieux les aborder (par exemple, une décision lexicale - s'agit il d'un mot qui existe ou non ? - pour explorer le système d'analyse de l'enfant du mot entendu) Dépister
les troubles du langage oral, savoir différencier les troubles
spécifiques des troubles secondaires et définir la
gravité des troubles spécifiques sont les démarches
essentielles de l'examen de première intention. Seul ce raisonnement
permettra d'adresser l'enfant au(x) professionnel(s) adéquat(s). Tout est dit
dans cette étude et a été repris dans les recommandations
de l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation
de la Santé : « L'orthophonie dans les trouble spécifiques
du langage oral chez l'enfant de trois à six ans ».
Une fois le
trouble du langage dépisté, l'aventure n'est pas terminée.
Un trouble du langage n'est qu'un symptôme et n'a pas une
valeur univoque (C. Billard, p. 48). Là encore, même
si l'orthophonie est la seule réelle rééducation
du langage, il s'agit de ne pas se décharger sur l'orthophoniste
ambulatoire de tous les troubles du langage. Le raisonnement est
indispensable pour aider à orienter l'enfant quand nécessaire,
et seulement quand nécessaire, vers le professionnel adéquat
ou la structure de soins adéquate en fonction du type de
troubles du langage. Un trouble du langage acquis relève
d'un avis neuropédiatrique. Un trouble du langage développemental
peut être secondaire à une autre pathologie et l'enfant
doit être dirigé vers le spécialiste compétent
dans la pathologie primitive, pédopsychiatre, s'il s'agit
d'un trouble secondaire à un trouble de la communication
ou du comportement ; neuropédiatre et structure pluridisciplinaire,
s'il s'agit d'un trouble du langage secondaire à une infirmité
motrice cérébrale, une épilepsie ou une déficience
mentale ; ORL, s'il s'agit d'un trouble secondaire à une
surdité... Cessons de croire que cette démarche peut
être contournée, même si elle est difficile pour
les professionnels et les parents. Au-delà
de toute terminologie, les recommandations de l'ANAES se sont efforcées
de définir les critères de gravité d'un trouble
du langage chez le jeune enfant de trois à six ans. Un trouble
spécifique avec critères de gravité (inintelligible,
agrammatique, avec déficit de la compréhension) doit
être orienté vers une orthophoniste dès trois
ans, trois ans et demi. Un trouble spécifique sans aucun
critère de gravité doit simplement être suivi
avec un accompagnement familial jusqu'à quatre ans et demi,
cinq ans, âge où tout trouble persistant du langage
oral doit être rééduqué pour corriger
le langage oral et préparer l'apprentissage du langage écrit.
La conception
internationale actuelle des troubles spécifiques du langage
rend bien compte du fait que « le retard de langage simple
» n'est pas une entité en soi. La fréquence
« présumée » du retard simple de langage
est aussi élevée que sont rares les écrits
de la littérature avec casuistique qui seuls permettraient
de juger des différentes approches discordantes. En fait, les
orthophonistes considèrent qu'il s'agit d'un retard de langage
lorsque l'évolution du langage se fait avec retard tout en
respectant les étapes normales. Le trouble est donc transitoire.
Cependant : Le retard de langage n'est sûrement pas une « maladie en soi », mais une construction de l'esprit. Il vaut mieux remplacer cette notion par celle de « trouble spécifique du langage oral » sans signe de gravité et analyser les fonctions linguistiques déficitaires (sans oublier après cinq ans les compétences phonologiques, ni oublier la relation et les interactions de l'enfant avec l'entourage). Sans oublier que, même si le retard disparaît, il faut suivre l'acquisition du langage écrit.
La parole appartient
au domaine de la phonologie qui inclut la prosodie et l'arrangement
des sons dans la chaîne parlée.
Bien que remarquablement décrites par Ajuriaguerra dans les années soixante sous le terme de « audi-mutités », les dysphasies de développement ont disparu du paysage médical pendant plus de vingt ans, au grand drame des enfants considérés comme déficients mentaux ou autistes… et insuffisamment pris en charge pour acquérir la lecture. La mobilisation des parents et de certains professionnels a permis de rétablir une description précise de cette pathologie, de son origine, et surtout de la prise en charge. Aujourd'hui encore, on voit des enfants dysphasiques, non reconnus, non rééduqués, non lecteurs malgré leurs compétences intellectuelles. La dysphasie
a une définition claire qu'il faut respecter (C. Billard,
p. 65) : c'est un trouble spécifique (sans déficience
intellectuelle, sans pathologie lésionnelle neurologique,
sans trouble envahissant du développement). Certes, certains
enfants, par exemple déficitaires, ont un trouble sévère
du langage oral beaucoup plus sévère que leur déficit
non-verbal : ils peuvent avoir un langage « dysphasique »
mais il ne s'agit pas d'une dysphasie au sens strict du terme. Celle-ci
est aussi un trouble sévère, structurel, durable.
La frontière entre dysphasie et retard n'est en fait pas
si claire pour qu'il s'agisse de deux pathologies facilement discernables.
Il existe un continuum entre le trouble modéré et
transitoire du langage oral et les troubles si sévères
qu'ils persisteront à l'âge adulte. D'où la
terminologie plus précise des anglo-saxons qui parlent de
« Trouble spécifique du langage oral », terminologie
adéquate à condition qu'on sache discerner les enfants
ayant des critères de gravité qui nécessiteront
une prise en charge précoce, intensive, pointue, prolongée,
harmonisant orthophonie et pédagogie, des enfants sans critère
de gravité dont il faudra surtout préparer l'acquisition
du langage écrit. Quelle que soit la symptomatologie linguistique de chaque enfant, les difficultés d'acquisition du langage écrit sont presque constantes chez les enfants dysphasiques. Il s'agit avant tout de difficultés de mise en place de la voie d'assemblage. Or, ces difficultés sont possibles à contourner : aujourd'hui, bien pris en charge, tous les enfants dysphasiques doivent devenir lecteurs, même si cela nécessite un travail orthophonique et pédagogique adapté et harmonisé, même s'il persiste chez eux des difficultés (en vitesse de lecture et surtout en compréhension fine des récits et en orthographe). Reconnaître un dysphasique au plus tard en Moyenne Section, lui apporter la précision et l'intensité de la rééducation et lui « monter » sa voie d'assemblage par des pédagogies différenciées… Ceci permettra de réduire le risque d'échec scolaire. Les bases biologiques
des dysphasies La dysphasie
n'est pas un mystère de la nature totalement inexpliqué.
On connaît ses bases biologiques, même si le diagnostic
n'est encore que clinique (C. Billard, p. 77). Le langage oral a
longtemps été considéré comme seulement
l'expression de la pensée et de l'affect en l'absence de
lésion cérébrale pouvant rendre compte de ces
troubles. La fréquence d'anomalies paroxystiques EEG intercritiques s'activant au sommeil est reconnue par tous les auteurs les ayant recherchées (probablement 30 % des enfants dysphasiques). Elles sont probablement une autre expression du trouble de maturation neuronale, touchant la maturation des neurotransmetteurs (plus qu'une cause directe de la dysphasie comme dans le syndrome de Landau-Kleffner). Enfin, les progrès
actuels de la génétique permettront d'y voir plus
clair dans les origines d'un tel trouble de maturation, voire même
de l'objectiver en biologie moléculaire. La description de
cas familiaux évoquant une transmission autosomique dominante
et la découverte du FOX P2, gène retrouvé dans
une famille anglaise (assez nombreuse pour être informative),
en témoignent (pour plus de détails sur la génétique
des troubles du langage, cf. l'article de A. Philippe, livret Notions
générales). - La rééducation est la dimension principale de la prise en charge des enfants atteints de troubles du langage oral. Rééducation qui doit être accompagnée de la guidance parentale et des informations aux enseignants. - La rééducation
ne peut pas partir tous azimuts… en fonction d'une mode ou
du fantasme qu'un « entraînement d'un trouble fondamental
» suffirait à éviter toutes les déviances
de l'acquisition du langage oral. - Enfin, les « méthodes », si elles sont pratiquées avec rigidité (commencer à A, finir à Z, sans aucune adaptation du rééducateur à la diversité des enfants et à leur initiative), peuvent finir par être contre performantes. Mieux vaut comprendre ce qui fonctionne et ne fonctionne pas chez un enfant, comprendre les hypothèses sur lesquelles se fondent les propositions de rééducation et adapter les outils à ce qui gêne le plus l'enfant dans la communication et les apprentissages, et aussi à ce que l'enfant aime. - Enfin, la rééducation du langage oral a pour objectif d'améliorer la communication et de favoriser les apprentissages. Elle doit donc se faire dans un vrai échange avec les parents (D. Garnier-Lasek, p.102) et en lien avec l'école qui a un rôle considérable à jouer sur le langage oral et sur la prévention des difficultés d'acquisition du langage écrit. Il est important
de s'approprier l'expérience des rééducateurs
qui ont, à partir d'enfants, construit des projets rééducatifs
et de proposer des outils. - Chez l'enfant
de Grande Section de Maternelle, deux objectifs nécessitent
d'introduire le langage écrit :
Le terme paraît un peu coercitif mais c'est une nécessité absolue pour l'efficacité de la prise en charge et un besoin plus ou moins bien exprimé des parents. - La guidance
par l'orthophoniste (D. Garnier-Lasek, p.102) aidera à répondre
ou à anticiper les mille questions que les parents d'enfants
dysphasiques se posent en permanence : Faut-il le faire répéter
? Faut-il l'empêcher de faire des gestes ? Faut-il lui lire
des livres et lesquels choisir ?, etc. - Mais la vie
psychique existe aussi et toujours. L'entretien avec les parents
d'enfants dysphasiques met souvent en évidence des difficultés
très précoces (alimentation, séparation, etc.).
Cause ou conséquence, peu importe. Il faut écouter
ces parents, écouter ces enfants avec leurs moyens d'expression,
accompagner ces familles quand le besoin se fait sentir, vers une
aide psychologique (thérapie de groupe ou individuelle, médiation
par le corps...). Ce regard psychologique ne doit pas retarder la
prise en charge orthophonique mais n'est pas non plus à oublier
pour l'avenir et l'autonomie des enfants (O. Hertzler, p.106).
Paul Broca (1824-1880) et Carl Wernicke (1848-1905) ont décrit, à partir d'observations anatomo-cliniques d'adultes cérébrolésés ayant perdu leur langage oral, les fondements cérébraux spécifiques au langage. Le langage a ainsi cessé d'être confondu avec les fonctions intellectuelles, pour devenir une fonction cognitive propre. Ces neurologues sont à l'origine d'un premier modèle bipolaire du langage. Plus tard la neuro-imagerie a permis d'introduire la notion de réseau cognitif, bousculant cette organisation bipolaire compréhension versus expression. Les modèles cognitifs fondent le raisonnement sous-tendant l'exploration du langage oral. Le modèle cognitif du langage oral permet de comprendre la façon dont tous les éléments du fonctionnement linguistique devront être explorés pour pouvoir analyser un trouble du langage et en comprendre la pathologie.
Les récents travaux de la neuropsychologie cognitive ont largement décrit les liens entre le développement du langage oral de l'enfant et l'acquisition du langage écrit. Ces travaux sont totalement cohérents avec les études longitudinales, comme celle de Menyuck [2], décrivant la fréquence des dyslexies chez les enfants atteints à cinq ans d'un retard de langage oral ou d'une dysphasie. Ces liens sont actuellement à la base de l'analyse des signes prédictifs des troubles d'apprentissage du langage écrit par les batteries de dépistage. Ils sont aussi les fondements les plus solides à l'adaptation scolaire indispensable. Le développement du langage oral chez l'enfant et son évaluation
L'approche cognitive et linguistique de l'acquisition du langage par l'enfant suppose que les différents niveaux de représentation du mot et de la phrase dans le traitement du langage soient intacts. Une des questions centrales a été de comprendre comment le jeune enfant parvient à organiser les principales composantes du langage (prosodiques, phonologiques, lexicales, et syntaxiques*). Pour apprendre le langage, l'enfant doit avoir une bonne maturation cérébrale (Fig. 1) et de bonnes stimulations familiales pour être capable d'intégrer les sons de la langue, les mots du dictionnaire et d'assembler les mots pour construire des phrases et raconter des histoires. Le développement du langage oral débute dès la naissance, mais c'est entre vingt mois et trois ans que l'émergence du langage est la plus spectaculaire. Globalement, les études longitudinales du développement normal du langage montrent qu'avant trois ans, trois ans et demi, le système phonologique et syntaxique se développe très différemment d'un enfant à l'autre, pour aboutir finalement à cet âge à un niveau comparable chez tous les enfants. Dès trois ans et demi, quatre ans, et même avant, le langage, instrument linguistique, peut être mesuré par des tests standardisés. A six ans, avant l'apprentissage du langage écrit, les principales notions phonologiques, lexicales et syntaxiques du langage sont acquises.
Indispensable avant toute éventuelle prise en charge orthophonique, l'évaluation du langage oral a pour objectif de cerner au plus près les difficultés de langage d'un enfant pour mettre en évidence la (ou les) nature(s) du trouble afin d'établir un projet rééducatif précis et adapté à la pathologie rencontrée et de permettre ensuite de juger de l'évolution des troubles et donc de l'efficacité de la rééducation. Troubles secondaires et spécifiques, les différentes gravités des troubles spécifiques : du retard de parole et langage aux dysphasies Les troubles spécifiques du développement du langage oral ont encore trop souvent des conséquences néfastes sur les apprentissages scolaires des enfants, puis sur la vie sociale et professionnelle. Or, les progrès de la neuropsychologie et de la psychologie cognitive permettent de mettre en place des stratégies thérapeutiques. Une politique cohérente de dépistage est donc indispensable pour développer des actions précoces, avant que les conséquences psychoaffectives de l'échec ne viennent aggraver considérablement, voire définitivement le problème. Les batteries de dépistage n'ont pas la prétention d'être des outils de diagnostic formel, mais seulement des outils cliniques de première intention dont les résultats demandent à être confirmés.
Un trouble du langage n'a pas une valeur univoque. Il s'agit d'un symptôme et non d'une seule maladie. Le premier objectif devant un enfant dont le langage est déficitaire sera de classer le trouble. Deux caractéristiques permettent une telle classification des troubles du langage : - leur caractère développemental ou acquis, - leur caractère secondaire ou spécifique. Cette classification est essentielle et fonde la récente recommandation de l'Agence Nationale de l'Accréditation et de l'Evaluation de la Santé [6], « toute plainte sur le langage oral nécessite un examen médical ».
Le retard de langage se définit comme une « apparition retardée ou organisation perturbée de la fonction linguistique (au niveau du vocabulaire, de la structuration syntaxique, de l'utilisation du langage dans la communication) ». Le langage peut être atteint dans ses modalités « compréhension » et « expression ». (d'après le dictionnaire d'Orthophonie Brin et al, 1997). Mais l'absence de critères diagnostiques très clairs concernant le retard de langage (en terme de gravité et de profil des troubles) a amené à une multiplication d'approches différentes : l'approche linguistique, l'approche en terme de compétences langagières, l'approche neurolinguistique, l'approche psychoaffective, l'approche pragmatique. Elles seront envisagées ainsi qu'une approche odontoïde et orthophonique.
« La parole appartient au domaine de la phonologie qui inclut la prosodie et le choix et l'arrangement des phonèmes dans la chaîne parlée suivant les règles phonologiques communautaires. » (2). Le trouble phonologique ou trouble de la parole est classé parmi les troubles expressifs du langage, il affecte la mise en forme sonore des mots et leur intelligibilité par l'interlocuteur. Ce terme générique englobe à la fois les anomalies présentes dans la parole de l'enfant et les troubles acquis affectant la parole de l'adulte. Le trouble de la parole doit être différencié du trouble d'articulation (défaut de prononciation) isolé des sons. Nous aborderons successivement : le développement du système phonologique et les processus de simplification de la parole chez le jeune enfant ; la différenciation entre trouble de la parole / trouble d'articulation ; la distinction retard (simple) de parole / trouble (sévère) de parole ; et enfin, quelques pistes en termes d'évaluation et de prise en charge.
Le « générique » des dysphasies de développement mérite d'être reconnu. Le diagnostic est relativement simple à évoquer dès trois, quatre ans, mais ne peut être confirmé que plus tardivement, après cinq ans, au prix d'investigations linguistiques et neuropsychologiques précises et répétées. L'enfant dysphasique présente un déficit linguistique sévère et durable en l'absence de déficit des fonctions non-verbales. Les conséquences thérapeutiques en sont fondamentales. Les dysphasies nécessitent une rééducation orthophonique précoce, dès que la coopération de l'enfant le permet, portant sur l'amélioration du langage oral dans ses aspects phonologiques, lexicaux et syntaxiques, mais aussi sur la remédiation des troubles de la conscience phonologique pour préparer l'apprentissage du langage écrit, et sur le déficit de la voie d'assemblage en lecture et orthographe. A la rééducation orthophonique, il faut toujours associer une prise en charge globale de l'enfant, incluant la guidance parentale à l'école et la prise en charge des troubles associés (les déficits de graphisme et motricité fine et les aspects psychopathologiques).
L'absence d'explication univoque et claire aux troubles sévères du développement du langage oral a longtemps alimenté une polémique entre les tenants des facteurs exogènes (environnement socioculturel, linguistique, relationnel) et les tenants des facteurs endogènes, neurologiques, en la circonstance. De solides indices militent en faveur de l'existence de bases biologiques. Il n'en reste pas moins que l'étiologie des dysphasies est certainement multifactorielle. En tout état de cause, aujourd'hui le diagnostic ne peut s'appuyer sur aucun élément biologique et reste donc d'ordre clinique. La prise en charge des troubles du langage oral chez l'enfant
La rééducation du langage oral fait suite au bilan du langage et au diagnostic que ce bilan aura permis de poser lorsque celui-ci met en évidence des difficultés d'acquisition du langage ou de la parole nécessitant cette rééducation. Son but ultime est l'amélioration de la communication sociale de l'enfant, mais elle permet aussi de prévenir et de prendre en charge les troubles d'apprentissage.
L'alternative à la méthode globale, qui pousse à prendre une méthode phonémique, ne semble pas toujours satisfaisante. Elle a en effet, pour les enfants dysphasiques, le défaut d'être une surcharge pour la mémoire de travail. Ce constat nous a amenés à proposer une approche de la lecture par imprégnation syllabique et assemblage syllabique afin de soulager la mémoire de travail en évitant le passage par le phonème. On cherche directement la reconnaissance de la syllabe, sans passer par le phonème pour reconnaître la syllabe.
La guidance parentale est un aspect fondamental de la rééducation du langage oral chez le jeune enfant. Elle est d'autant plus importante que l'enfant est jeune et fortement handicapé par ses difficultés langagières. Le rôle de l'orthophoniste sera justement de faire prendre conscience aux parents des inadéquations de leur langage lorsqu'ils s'adressent à leur enfant présentant d'importantes difficultés d'acquisition du langage. La guidance parentale, si elle est indispensable, est un art aussi délicat que difficile. Elle vise à faire participer les parents sans les culpabiliser.
Les troubles du langage oral s'accompagnent d'une relation spécifique de l'enfant, porteur du trouble, avec son entourage. L'accueil et le travail avec les parents, conjointement à la rééducation orthophonique, sont indispensables. Ils visent à mieux comprendre le comportement de l'enfant et les liens familiaux, et incluent les parents dans la prise en charge. Cet accompagnement fait partie intégrante du dispositif thérapeutique, de façon à aider l'enfant dans son développement psychique et son insertion sociale.
Le développement du langage, s'il concerne bien entendu l'enfant plus âgé, débute dès la vie fœtale. En effet, de nombreuses recherches, utilisant notamment des techniques de succion non nutritive, ont montré que le bébé qui naît a déjà emmagasiné, durant sa vie fœtale, un nombre incalculable d'informations. Il a des compétences assez extraordinaires (2). Il sait repérer une histoire qu'on lui a lue pendant la grossesse, la voix de sa mère, la langue maternelle, la différencier d'autres langues : quel merveilleux génie que ce bébé là ! Cependant, il est clair que le langage ne se développera qu'après un certain temps d'évolution, à partir d'un an environ. |
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