L'évaluation neuropsychologique et orthophonique des troubles du langage écrit

Les troubles du langage écrit : les dyslexies-dysorthographies de développement

Les rééducations des dyslexies-dysorthographies

Introduction

Les modèles cognitifs et le développement normal de la lecture et de l'orthographe

Rappel : Les apports de la neuro-imagerie fonctionnelle à la compréhension des dyslexies (J.F. Demonet) et La recherche des facteurs génétiques dans les troubles spécifiques du développement du langage et la dyslexie (A. Philippe) sont dans le livret Notions générales.

Le lecteur et le transcripteur habiles (P. Gillet, p.17) procèdent par « adressage » pour lire ou écrire des mots déjà connus. Pour ce faire, les mots présents dans le lexique orthographique, stockés en mémoire à long terme, sont activés. Comme les mots nouveaux ou qui n'existent pas (noms propres, non-mots) ne font pas partie du lexique orthographique, il faut qu'ils soient traités par une autre procédure, dite « d'assemblage », qui consiste à recomposer la forme sonore du mot ou du non-mot à partir de ses différents constituants (lettre ou groupe de lettres convertis en sons).
La description des alexies par les neurologues d'adultes cliniciens du XIXème siècle a été essentielle : certains adultes, après une lésion cérébrale focalisée, ne pouvaient ni lire ni écrire un pseudo-mot comme « carimofinu », alors qu'ils pouvaient encore lire et écrire des mots complexes comme « conscience ». Pour d'autres, c'était l'inverse.
Les modèles cognitifs du langage écrit sont nés à partir des observations de ces déficits dissociés chez l'adulte cérébrolésé. Ils servent de base pour la compréhension du développement du langage écrit chez l'enfant ordinaire et chez l'enfant dyslexique.

L'enfant apprenti lecteur et transcripteur n'a pas encore constitué son lexique orthographique (rentré les « adresses »). L'acquisition de la lecture et de l'orthographe se développe de façon très intriquée avec un transfert réciproque des habilités acquises.
Frith, initialement, a décrit le développement du langage écrit comme l'acquisition successive de trois stades : logographique (« photographie » des mots sur quelques caractéristiques visuelles) ; alphabétique (mise en place des règles de conversion des lettres en sons) ; puis orthographique (utilisation experte des deux voies d' assemblage et d'adressage).
Les travaux de ces dix dernières années ont éclairé plus finement la progression de l'acquisition de la lecture chez l'enfant (J. Morais, p. 21). L'identification des mots est la compétence initiale et incontournable à acquérir afin que l'enfant puisse ensuite accéder à la compréhension d'un texte. Le décodage grapho-phonologique séquentiel et contrôlé est indispensable à cette identification des mots. Il s'appuie sur l'apprentissage du principe alphabétique : une lettre (« b ») ou un groupe de lettres (« ch » ou « ein ») correspond à un phonème (son). Toutes ces études ont décrit le lien entre le développement de ce principe alphabétique et une compétence essentielle du langage oral : la conscience phonologique. Elles ont aussi souligné les effets positifs d'un entraînement de cette conscience phonologique surtout s'il s'articule avec l'apprentissage des correspondances graphème-phonème. Ensuite, l'enfant se forgera des représentations supérieures au phonème, comme les syllabes et le lexique orthographique, qui lui permettront alors une identification très rapide. Son attention peut alors se porter sur la compréhension (J. Morais, p. 21). Ce processus orthographique sera ensuite complété par l'acquisition des règles contextuelles (révolution) et de la forme orthographique (« enfant » et non « anphen »).
L'aventure continuera ensuite dans une interaction réciproque des acquisitions d'orthographe et de lecture.

L'influence de la dimension morphologique dans l'acquisition de la lecture et de l'orthographe a été récemment évoquée. Néanmoins, la structure morphologique, qui permet un accès plus immédiat au sens (poire - poirier, bûcher - bûcheron - bûchette), participe à la qualité de l'identification des mots chez l'enfant apprenti lecteur. La focalisation de l'attention de l'enfant sur la structure morphologique des mots accélère le développement du stock orthographique qui permet à l'enfant de lire vite, en accédant immédiatement au sens, et d'orthographier correctement en tenant compte des ambiguïtés orthographiques.

Les règles de l'orthographe (M. Touzin, p. 34) sont particulières à chaque langue. Celles du français comportent de nombreuses ambiguïtés, drame pour beaucoup d'enfants... et d'adultes.
Plusieurs compétences doivent être maîtrisées pour permettre à l'enfant d'orthographier correctement : la discrimination des sons et la conscience phonologique qui permettent de développer la transcription phonographique (correspondance entre les sons et les graphies), le lexique orthographique qui permet le respect des ambiguïtés orthographiques (« corbeau » et non « caurbo »), l'orthographe grammaticale (accords grammaticaux) qui ne peut être utilisée que lorsque les autres compétences sont automatisées. Toutes ces compétences doivent être acquises pour que l'enfant orthographie correctement. Le développement de l'orthographe (M. Touzin, p. 34), co-construction de ces compétences de transcription entre les sons et les graphies et de la constitution du stock orthographique et du respect des règles grammaticales, permet la maîtrise de l'écriture de la langue française.

L'évaluation du langage écrit comporte plusieurs étapes :
- L'appréciation du caractère isolé du déficit en langage écrit (en opposition avec un déficit global de tous les apprentissages) par l'examen psychologique dont l'examen psychométrique ou, au moins indirectement, par la comparaison entre les compétences en lecture et celles des autres apprentissages : calcul, connaissances encyclopédiques, fonctions non-verbales (P. Gillet, p. 42).
- L'évaluation de la vitesse de lecture qui définit l'importance du retard par rapport à l'âge chronologique de l'enfant (P. Gillet, p. 42 et M. Touzin, p. 47).
- L'évaluation des stratégies d'identification de mots déficitaires chez l'enfant :
-Stratégie d'assemblage nécessitant l'identification des graphèmes, leur conversion en phonèmes, la fusion de ces phonèmes en syllabes, puis l'assemblage pour reconstituer la forme phonologique et accéder au sens.
- Stratégie d'adressage par appariement de la forme visuelle du mot à « l'adresse » stockée dans le lexique orthographique (M. Touzin, p. 47).
- L'évaluation de ces stratégies d'identification des mots doit être complétée par celle des fonctions cognitives indispensables à leur fonctionnement : compétences phonologiques, mémoire phonologique à court terme, perception visuelle, attention... (P. Gillet, p. 42, M. Touzin, p. 47).
- La compréhension dépend bien sûr de la qualité de l'identification des mots mais aussi de la qualité de la compréhension du langage oral et... du niveau intellectuel (P. Gillet, p. 42, M. Touzin, p.47).
Pour toutes ces étapes, il est essentiel de se référer à des tests étalonnés pour se forger une appréciation quantitative et qualitative des compétences. Un tel bilan est la première étape incontournable pour établir le diagnostic de dyslexie, porter les hypothèses sur le type de dyslexies et donc définir des axes de rééducation, enfin de pouvoir ultérieurement apprécier objectivement les effets de celle-ci.

Le dépistage et la classification des troubles d'acquisition du langage écrit


Attention : On ne peut pas aborder la littérature sur les « dyslexies » sans savoir que tout enfant en difficulté avec la lecture n'est pas forcément dyslexique (C. Billard, p. 51 et M. Plaza, p. 56).
- Il existe d'une part des troubles d' acquisition du langage écrit secondaires à d'autres pathologies (comme pour le langage oral) et d'autre part des dyslexies qui sont, elles, des troubles spécifiques.
- Les dyslexies sont définies comme un trouble durable d'aquisition de la lecture, persistant, et suffisamment grave pour retentir sur l'intégration scolaire. Le critère habituellement admis de cette gravité est un décalage de dix-huit mois à deux ans au minimum entre l'âge de lecture et l'âge mental. La définition de ce critère a le mérite d'éviter une étiquette de dyslexie lorsque le décalage est discret mais elle est très insuffisante pour définir les critères de dyslexie. En effet, dès sept ans, un enfant non lecteur, ayant toutes les caractéristiques des déficits des compétences phonologiques, a toutes les chances d'être dyslexique, même s'il n'y a pas dix-huit mois de retard de lecture. Enfin, l'analyse qualitative des déviances des stratégies de lecture est aussi un aspect essentiel de l'évaluation orthophonique pour poser le diagnostic de dyslexie.

Toute difficulté d'acquisition du langage écrit doit être repérée par les enseignants et parents au plus tard dès le courant du CP chez un enfant porteur d'un trouble du langage oral et, dès la fin de la première année de primaire ou le début de la seconde, chez un enfant sans antécédent.

Tout déficit du langage écrit repéré devra amener à un examen médical qui :
- établira ou non si la plainte est justifiée (par un test étalonné de lecture et d'orthographe passé en individuel),
- recherchera son caractère spécifique ou non.
Les troubles du langage écrit s'inscrivant dans une autre pathologie (déficit intellectuel ou psychopathologie) devront être confiés à une équipe pluridisciplinaire.
Les troubles spécifiques du langage écrit nécessitent une évaluation orthophonique, associée ou non à une évaluation neuropsychologique, et une rééducation, si une réponse pédagogique adaptée de première intention de quelques mois a été insuffisamment efficace ou si le déficit est déjà sévère, ou s'il s'accompagne d'un trouble du langage oral.

Classification des troubles du langage écrit

M. Plaza (p. 56) reprend la différenciation entre les troubles d'acquisition de la lecture et de l'orthographe secondaires à une autre pathologie et les troubles spécifiques, sévères et durables ou dyslexies. Des essais de classification des dyslexies, en référence aux modèles neuropsychologiques (M. Plaza, p. 56), se heurtent aux diversités des méthodologies, d' où des auteurs défendant des points de vue différents (L. Sprenger-Charolles, p. 62, S. Valdois, p. 72). Une revue critique des études de la littérature (F. Ramus, p.83) rend bien compte, à la fois du rôle prépondérant du déficit phonologique à l'origine des dyslexies et de la diversité des autres déficits signalés dans la littérature (temporel, visuel, cérébelleux) d'un enfant à l'autre.

Attention, vous abordez ici les textes principaux sur la dyslexie et... donc certaines divergences entre les auteurs… parfois déroutantes pour le lecteur.

Quelques éclaircissements :
- La dyslexie de développement est un trouble durable et spécifique de la maîtrise des processus d' identification des mots. En ce sens, la dyslexie se différencie des déficits non spécifiques de lecture observés dans des pathologies comme la déficience mentale, les psychopathologies... Ces déficits non spécifiques peuvent être appelés troubles secondaires (comme pour le langage oral).

- Les classifications des dyslexies de développement se réfèrent aux modèles neuropsychologiques décrits chez l'adulte cérébrolésé et aux modèles du développement du langage écrit. Personne ne discute le fait que les dyslexies phonologiques (où le traitement grapho-phonologique de la voie d'assemblage, indispensable à la mise en place de l'identification des mots, est défectueux) sont de loin les plus fréquentes par rapport aux dyslexies de surface. La place et même la réalité des dyslexies de surface, qui reprend la terminologie des atteintes acquises du langage écrit chez l'adulte, suscitent de nombreuses discussions. Dans le terme de dyslexie de surface, on entend que le processus défectueux concerne cette fois la voie d'adressage. Il est bien difficile aujourd'hui de trancher entre les différentes hypothèses : simple retard sans réellement d'atypie, simple conséquence d'une pédagogie défectueuse, évolution logique d'une dyslexie phonologique, ou forme particulière de dyslexie à part entière ?
Il n'en reste pas moins que certaines dyslexies ne semblent pas sous-tendues par un déficit de la conscience phonologique mais plus par une atteinte du processus d'abord visuel global du mot à identifier. On parle alors aujourd' hui plutôt de dyslexies visuo-attentionnelles (S. Valdois, p. 72). Elles sont plus rares que les dyslexies phonologiques.
M. Plaza (p. 56) évoque les paliers dans le diagnostic de dyslexie et introduit en quelque sorte les trois articles fondamentaux de L. Sprenger Charolles (p. 62), de S. Valdois (p. 72) et de F. Ramus (p. 83). Elle évoque aussi les « styles cognitifs » (séquentiels, simultanés), décrits par l'école canadienne. Cette description s'ajoute aux nombreux courants qui cherchent à découper la dyslexie en différents cadres mais ceci ne semble pas déboucher aujourd'hui sur des évidences pratiques en terme de type de rééducation.
Le profil « ACID » (déficit au WISC-III des scores d'Arithmétique, Code, Information et empan de chiffres) mérite d'être rapproché du rôle de la mémoire de travail dans les troubles des apprentissages en langage écrit et calcul.

Le déficit phonologique au coeur de la dyslexie

- Le lecteur expert utilise, pour lire les mots qu'il connaît, la voie d'adressage où la forme visuelle du mot active directement « l'adresse » stockée dans le lexique orthographique. Mais l'enfant apprenti lecteur doit identifier tous les mots comme des mots nouveaux puisqu'il n'a pas encore constitué son stock orthographique. Il va devoir les segmenter en unités correspondant aux phonèmes du langage oral qu'il connaît. Plus encore, même pour identifier un mot irrégulier, il va s'appuyer sur les règles de correspondance graphème-phonème puis va corriger en fonction de sa connaissance du sens du mot. « Femme » sera d'abord lu « fème » puis corrigé « fame » car ce mot existe dans le langage oral. Puis, progressivement, l'enfant remplace la procédure phonologique par une procédure orthographique au fur et à mesure que le stock se développe.
La procédure phonologique est le sine qua non de l'apprentissage du langage écrit (L. Sprenger-Charolles, p. 62).
Ce processus phonologique conditionne aussi la constitution du lexique orthographique donc de la procédure d'adressage. Ceci est aussi confirmé par la revue de la littérature réalisée par F. Ramus (p. 83) et par ses propres investigations.

- Qu'en est-il alors des dyslexies de développement ? Existe t-il des profils dissociés tels qu'on les rencontre chez l'adulte cérébrolésé, c'est-à-dire que certains enfants dyslexiques auraient un déficit pur de la procédure phonologique ou à l'inverse de la procédure orthographique ? Oui dans les études de cas isolés mais, dans les études de groupe, il ressort surtout clairement que, quelle que soit la langue (française ou anglaise) et la méthodologie, la grande majorité des enfants dyslexiques a un double déficit des deux procédures (dans plus de 50 % des cas), alors que les déficits purs phonologiques ou orthographiques sont beaucoup plus rares (respectivement 10-15 % et 15-20 %). Bien sûr, aucune de ces études ne tient compte du type de pédagogie ou de rééducation.

- De là à imaginer... que le déficit phonologique serait la seule et même origine de la dyslexie empêchant également la mise en place de représentations orthographiques... Les capacités insuffisantes de segmentation phonémique, voire de catégorisation phonémique (capacité à discriminer la frontière acoustique en deux catégories comme le « ba » et le « da ») et, à un moindre degré, de mémoire phonologique à court terme, sous-tendent les compétences insuffisantes de la procédure phonologique (L. Sprenger-Charolles, p. 62).
Peut-être, chez certains enfants, d'autres déficits s'associent à ce déficit presque constant des compétences phonologiques, aggravant ainsi la dyslexie : qu'il s'agisse d'un déficit du traitement temporel de la parole ou visuel ou cérebelleux (F. Ramus, p. 83).
- En attendant... que des programmes de remédiation puissent « traiter en amont » le déficit fondamental de la dyslexie... l'analyse des difficultés spécifiques à chaque enfant est aujourd'hui la seule démarche possible pour élaborer des axes de rééducation et de pédagogie différenciée.

Les troubles visuo-attentionnels dans la dyslexie

Si tous les travaux de ces dernières années s'accordent pour reconnaître « un trouble phonologique » au ceuur de la dyslexie, qu'en est-il des dyslexies de surface et des troubles visuo-attentionnels (S. Valdois, p. 72) ?

- Il existe de rares formes pures de dyslexie de surface où les stratégies déficitaires touchent quasi exclusivement la lecture et l'écriture des mots irréguliers et où les déficits cognitifs associés ne touchent ni la conscience phonologique ni la mémoire phonologique à court terme mais, au contraire, la fenêtre visuo-attentionnelle. Ce déficit de la fenêtre visuo-attentionnelle, qui fait que le regard ne peut pas englober la totalité du mot mais se porte seulement sur les premières lettres, empêche un traitement orthographique du mot et impose un traitement analytique syllabe par syllabe. Il est donc, dans ces cas, impossible de lire vite en accédant immédiatement au sens ni de retenir les ambiguïtés orthographiques des mots : « enfant » et non « amphen »...

-L'étude des compétences, aussi bien phonologiques que visuo-attentionnelles, d'un groupe d'enfants dyslexiques montre que les déficits visuo-attentionnels sont loin d'être rares, qu'ils soient isolés ou associés à un déficit phonologique.

- La prise en charge rééducative, en cas de déficit visuo-attentionnel, sera totalement différente des entraînements phonologiques. Elle devra utiliser des aides pour pallier le déficit orthographique : association de la forme orthographique au sens du mot, apprentissage des graphèmes les plus souvent utilisés dans notre langue (« ca » s'écrit rarement « kha »...). Elle devra aussi entraîner les enfants à mieux discriminer visuellement, à créer des images mentales du mot.

Les conséquences sont si importantes, si on veut améliorer l'efficacité des rééducations, que l'exploration des compétences visuo-attentionnelles doit aussi faire partie de la recherche des déficits cognitifs sous-jacents à une dyslexie, tout comme l'exploration de la conscience phonologique et de la mémoire à court terme.

Comme toujours les classifications ont leurs limites. L'état de la littérature sur « l'origine » de la dyslexie
Deux grandes tendances s'opposent (F. Ramus, p. 83) : l'une est de considérer que la dyslexie est un trouble spécifique à la parole (la théorie phonologique) ; l'autre la voit au contraire comme un syndrome aux manifestations multiples, notamment dans les domaines sensoriels et moteurs (théorie du traitement auditif temporel, théories magnocellulaire ou cérébelleuse). Au cours des vingt-cinq dernières années, la théorie phonologique s'est imposée comme la théorie « classique » de la dyslexie. Elle repose sur l'idée que l'apprentissage d'un système alphabétique nécessite d'établir des liens entre les représentations mentales des lettres et des phonèmes. Personne ne conteste le bien-fondé d' un déficit phonologique comme cause directe de la plupart des difficultés de lecture. En revanche, de nombreux chercheurs contestent l'idée selon laquelle la dyslexie est un trouble spécifique à la phonologie. Ils pensent au contraire qu'au-delà de la phonologie, il existe un dysfonctionnement plus général qui affecte la perception auditive et visuelle ainsi que la motricité.
Dans la théorie « auditive » qui nous vient de Paula Tallal, le trouble fondamental concernerait le traitement temporel du système auditif affectant donc, en particulier, la perception des sons brefs et des transitions rapides.
La théorie visuelle suggère, elle, que les dyslexiques souffrent d'une légère instabilité de la fixation oculaire qui engendrerait des distorsions, des mouvements apparents et des superpositions de lettres et de mots.
La théorie cérébelleuse part de la constatation que les dyslexiques sont relativement maladroits, ayant des problèmes d'équilibre et de coordination motrice, évoquant une déficience de fonctionnement du cervelet.
Enfin, récemment, les hypothèses auditives, visuelles et motrices ont été regroupées au sein de la théorie dite « magnocellulaire ». Elle postule qu'une anomalie neurologique unique (concernant les magnocellules de toutes les voies sensorielles) serait à l'origine à la fois des troubles auditifs et visuels, et de manière secondaire, des troubles phonologiques (via les troubles auditifs) et moteurs (via le cortex pariétal et le cervelet)... théorie « mégalocellulaire », comme le dit F. Ramus (p. 83).
Ces divergences théoriques sont pour le moins embarrassantes, dans la mesure où les méthodes de rééducation de la dyslexie qui sont proposées reflètent les théories épousées par leurs auteurs.
F. Ramus reprend l'analyse de la littérature décrivant ces théories en regardant les résultats individuels des populations, de façon à vérifier si les résultats positifs de ces travaux concernaient tout ou partie des enfants dyslexiques. Les scores des individus dans les autres fonctions cognitives sous-jacentes sont très variables : selon les études, la proportion de dyslexiques présentant des troubles auditifs s' élève de 0 à 50 % ; des troubles visuels, de 0 à 25 % ; des troubles moteurs, de 0 à 80 % ; des troubles phonologiques, de 75 à 100 %.
La moyenne donne donc une fausse impression de déficit pour l'ensemble de la population et cette diversité pourrait rendre compte de la diversité des profils des enfants dyslexiques en clinique (F. Ramus).
Dans les études citées, un déficit phonologique peut survenir en l'absence complète de troubles auditifs mais, lorsque ces derniers sont présents, ils peuvent aggraver le déficit phonologique. En ce qui concerne les troubles visuels de type magnocellulaire, leur impact sur la lecture n'a pour l'instant pas été établi.
Du reste, la rééducation auditive, fondée sur l'entraînement à percevoir les transitions rapides, est extrêmement controversée : si cette méthode a réellement des effets bénéfiques sur les enfants dyslexiques et dysphasiques (ce qui reste contesté et n'a pas été confirmé dans l'essai d'un entraînement similaire coordonné par l'INSERM en France), il y a de bonnes raisons théoriques et empiriques de croire que cela n'est en rien dû à une amélioration perceptive concernant les transitions rapides mais plutôt à l'entraînement phonologique classique qui est également inclus dans le programme. A rajouter que, certains enfants dyslexiques voient leurs troubles aggravés par la parole modifiée, donc une utilisation inconsidérée de cet entraînement, sans évaluation préalable fine, est susceptible d'être nocive pour certains…
L'hypothèse du « stress visuel », totalement inconnue en France, évoque que le fort contraste entre l'encre noire et le papier blanc pourrait engendrer des déformations visuelles qui nuisent à la fluidité de la lecture, dans une faible population d'enfants. Des études sérieuses ont montré que l'utilisation de transparents de couleur, de lentilles ou de lunettes teintées amélioraient chez eux le confort de lecture.
Si on rajoute que deux études récentes de groupe, réalisées par F. Ramus, confirment dans sa population, la quasi constance du trouble phonologique et la grande variabilité des scores en traitement temporel de la parole, en traitement visuel et en habilités cérébelleuses..., on se rapproche de la diversité des troubles cognitifs présentés par les enfants dyslexiques en clinique. On ne répétera jamais assez la nécessité d'évaluation précise de ces enfants et la conduite de projet thérapeutique individuel, adapté, évalué.

Ce récent travail de F. Ramus montre bien, à partir d'un corpus de dyslexiques :
-La prévalence du déficit phonologique au coeur de la dyslexie.
-La diversité des compétences des individus dyslexiques dans les habilités en traitement temporel de la parole, en traitement visuel, dans les performances liées au cervelet. On imagine alors qu'une moyenne a peu de sens lorsque les individus sont si différents les uns des autres, que rien ne remplacera l'évaluation précise des enfants dyslexiques avant de conduire un projet thérapeutique. Les troubles des processus visuels nécessitent d'être connus car ils conduiront à une tout autre rééducation.

Dyslexie et morphologie

Et si la morphologie (P. Colé, S. Casalis, p. 88) permettait à l'enfant dyslexique de compenser en partie ses difficultés d'identification des mots ? Parce que les capacités d' analyse morphologique seraient préservées chez eux, car indépendantes de leurs difficultés phonologiques et que les morphèmes composant les mots leur offrent un support sémantique important. Cette hypothèse, issue de la littérature récente, offre une voie supplémentaire aux procédures compensatoires développées par la remédiation.

La dysorthographie

La dysorthographie (M. Touzin, p. 95) est pratiquement toujours présente chez un enfant dyslexique. Le déficit de la stratégie alphabétique rend compte de ces erreurs caractéristiques des dysorthographies phonologiques (« les vendeurs » transcrit « les fenters ») clairement identifiables à la simple vision d'un texte écrit en spontané ou dicté. La stratégie orthographique tient compte de la connaissance du lexique orthographique lorsque plusieurs orthographes sont possibles (les « enfants » et non les « anfens ») et du respect des règles contextuelles (« pompier » et non « ponpier »). Les difficultés en mémoire de travail, le déficit phonologique, les mauvaises connaissances linguistiques expliquent que les enfants dyslexiques ne peuvent pas automatiser ces tâches et donc gérer les tâches supplémentaires que serait le respect des règles grammaticales.

Les principes de la rééducation (M. Touzin, p.101) découlent toujours d'une évaluation précise des compétences déficitaires et des compétences préservées. Ce bilan déterminera des axes de rééducation dont les effets seront évalués. En cas d'effets insuffisants de la rééducation, il faudra s'interroger sur le diagnostic initial, l'insuffisance de la compliance des familles ou de la participation de l'enfant ou s'interroger sur les hypothèses rééducatives elles-mêmes.
Les différents axes des rééducations d'enfants dyslexiques et leurs outils sont décrits.

Rééducation de la conscience phonologique

Au commencement était... la conscience phonologique, indispensable pour la mise en place du processus alphabétique du langage écrit, c'est-à-dire de la correspondance entre les graphèmes et les phonèmes (C. Varin, p.102).

La rééducation de la conscience phonologique sera donc une part importante de la rééducation des dyslexies. Avec toujours le principe que pour être efficace, une rééducation nécessite la répétition (plusieurs séances par semaine). L'utilisation de façon ludique d'aide visuelle ou kinesthésique, aidera à cette rééducation :
- La rime, la segmentation et le comptage syllabique, la manipulation des syllabes.
- La discrimination des sons puis la conscience phonémique : identifier et catégoriser les phonèmes, puis les manipuler.
Tous ces exercices doivent associer au travail sur la conscience phonologique l'utilisation du code graphémique, un travail conjoint sur la lecture et l'écriture. Les deux stratégies s'appuyant l'une sur l'autre, puisqu'il s'agit là de favoriser les correspondances entre les phonèmes et les graphèmes.

Deux règles d'or :
- Les axes de rééducation partent d'une hypothèse diagnostique établie à partir d'une évaluation précise.
- On ne peut pas espérer vaincre les difficultés de mise en place de la voie d'assemblage sans une régularité des séances, sans une reprise pédagogique en lien avec la rééducation.

La rééducation de la voie d'assemblage

L'assemblage est la procédure incontournable du début de l'apprentissage du langage écrit et la procédure la plus souvent déficitaire dans les dyslexies (C. Varin, p.106).
L'assemblage permet la lecture des mots nouveaux et donc contribue aussi à la constitution du stock orthographique. Parce que la voie d'assemblage est incontournable, elle doit être spécifiquement travaillée si, après quelques trimestres d'apprentissage de la lecture, elle n'est toujours pas fonctionnelle, surtout si l'existence d'un trouble du langage oral est cohérent avec cette non fonctionnalité. Il est en effet plus facile de « monter » cette voie d'assemblage chez un enfant non lecteur que de revenir, chez des enfants plus âgés, sur des stratégies aberrantes, par exemple logographiques.
Plutôt que de parler de « méthodes », ce qui sous entendrait que ces méthodes sont totalement efficaces pour un enfant tout au long de son évolution, il paraît plus utile d'évaluer les déficits précis et d'y pallier par des outils.
- Le travail sur l'assemblage est complètement intriqué à celui portant sur la conscience phonologique.
- Le décodage des correspondances graphème-phonème au niveau des lettres isolées peut être soutenu par les gestes Borel ou l'utilisation de mots référents (le « p » de « papa », le « c » de « cadeau »).
- Le décodage doit ensuite aborder les graphies contextuelles (le son ne sera pas le même selon qu'il s'agit de « révolté » ou « révolution »), les digraphes et trigraphes (« ou », « ch », « ein »).
- Les confusions visuelles et/ou auditives (« t » ou « d », « m » ou « n ») si fréquentes doivent être analysées (difficultés de perception visuelle ou articulatoire) avant d'être spécifiquement travaillées.
- L'entraînement de la fusion des phonèmes dans la syllabe simple ou complexe, voire l'utilisation d'emblée d'une procédure syllabique comme l'imprégnation syllabique (cf. D. Garnier-Lasek, livret Langage oral), puis le travail sur l'assemblage dans des logatomes de plus en plus longs et complexes.

La rééducation du lexique orthographique

L'objectif final est de constituer le stock orthographique d'entrée et de sortie, de façon à permettre à l'enfant d'utiliser sa voie d'adressage (M. Pagnard, p.110).
Ceci est aussi incontournable que la voie d'assemblage, puisque seule la voie d'adressage lui permettra de lire rapidement en accédant au sens et d'orthographier correctement les mots en tenant compte des ambiguïtés orthographiques.
Le travail sur l'adressage se conçoit au moins dans deux situations différentes :
- Pour certains enfants en difficulté majeure avec leur voie d'assemblage, il s'agit de travailler un nombre limité de mots comme porte d'accès à la conscience phonologique et aux correspondances graphème-phonème.
- Surtout, ce travail électif sur le lexique orthographique s'impose pour les enfants porteurs d'une dyslexie de surface ou mixte. Sur le versant de la lecture, la reconnaissance rapide de mots visuellement proches ou la lecture flash cherche à favoriser l'accès au mot par adressage. Sur le versant transcription, la copie différée, la création d'images mentales, l'épellation, les moyens mnémotechniques et le recours aux analogies... sont autant de techniques pour favoriser l'extension du stock orthographique. Dans tous les cas, la mise en évidence d'un déficit de perception, d'analyse visuelle ou de discrimination visuelle séquentielle, nécessite un travail spécifique au même titre que le travail sur la conscience phonologique dans la rééducation de la voie d'assemblage.

La rééducation des troubles spécifiques de compréhension du langage écrit

Lire, c'est comprendre ce que l'on lit. Après l'identification des mots, au-delà de la compréhension du langage oral et des facultés intellectuelles globales, la compréhension du langage écrit est souvent difficile pour l'enfant dyslexique (M. Pagnard, p.116).
Un travail spécifique sur le langage écrit « porteur » de sens s'impose pour ne pas réduire la lecture à un simple décodage

Les outils informatiques en orthophonie

Les outils informatiques sont nombreux mais insuffisamment évalués (M. Pagnard, p.121).
- Il existe des outils d'évaluation informatisés mais aucun n'a été validé en comparaison aux tests étalonnés « papier-crayon » dont on dispose. Leur intérêt essentiel est donc de permettre d'évaluer les bénéfices d'une rééducation par une passation comparative chez un même enfant.
- Les outils de rééducation sont particulièrement séduisants

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Les modèles cognitifs et le développement normal de la lecture et de l'orthographe

Les modèles cognitifs de lecture et d'orthographe.
P. Gillet

Les données recueillies chez les adultes, en particulier ceux qui sont devenus alexiques ou agraphiques à la suite d'une lésion cérébrale, ont permis de spécifier les différents traitements de l'information dans les actes de lecture et de transcription, et donc les modèles de lecture et d'orthographe. Ces modèles ont précisé les traitements qui interviennent, pour la lecture, entre le moment où les formes graphiques sont visuellement perçues et le moment où le mot écrit est prononcé à haute voix et compris ; et ceux qui interviennent, pour l'écriture, entre le traitement acoustique du message entendu et sa transcription correcte. Ces modèles concernent l'adulte ayant fait normalement ses acquisitions et les ayant perdues, mais, actuellement, ils font aussi référence pour mieux comprendre les stratégies déficitaires des enfants atteints de dyslexie-dysorthographie.

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L'enfant apprenti lecteur. J. Morais

Lire, c'est extraire la prononciation qui correspond à une représentation graphique du langage parlé. Le matériel à lire étant généralement porteur de sens, le but de la lecture est d'en extraire ce sens. Lire implique donc un décodeur, un bibliothécaire, un calculateur-interprète et, enfin, des « lieux » où l'on stocke à court terme et, éventuellement à long terme, les informations recueillies [11]. Le rôle du décodeur est de dériver du patron graphique la « fiche » ou le « code » (la représentation orthographique du mot) qui permet au bibliothécaire de sélectionner le « livre demandé » (l'information phonologique et sémantique correspondante). Le calculateur-interprète effectue les calculs syntaxiques et l'interprétation sémantique de la phrase. La rétention des informations recueillies, via la lecture, n'en fait plus partie mais constitue son prolongement fonctionnel. Quand l'enfant commence à apprendre à lire, il possède déjà, pour les besoins de la communication parlée, toutes ces capacités, à l'exception du décodeur. Tant que le décodeur sera peu efficace, la compréhension de textes sera déficiente. Développer un bon décodeur ne fournit pas une garantie suffisante de compréhension. Mais, apprendre à lire, c'est essentiellement acquérir ce décodeur. Dès lors, les principales questions relatives à l'apprentissage de la lecture sont : Quelles connaissances l'enfant apprenti lecteur doit-il acquérir pour arriver à identifier les mots écrits ? Comment l'enfant apprenti lecteur progresse-t-il dans l'identification des mots écrits ? Comment peut-on enseigner à l'enfant les meilleurs façons d'identifier les mots écrits ? Comment l'identification des mots écrits peut-elle contribuer aux processus de compréhension et réciproquement ?

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Morphologie et apprentissage de la lecture. P. Colé,
S. Casalis, J.E. Gombert

L'influence de la dimension morphologique de la langue dans l'acquisition de la lecture est un domaine de recherche peu développé. Néanmoins, les quelques données disponibles montrent que, dès le Cours Préparatoire, la structure morphologique des mots (« chaton » est constitué des deux morphèmes « chat » et « on », véhiculant un sens précis) est utilisée par l'apprenti lecteur. Aux niveaux scolaires suivants, on constate que le traitement morphologique des mots écrits prend une importance croissante dans la lecture.

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Les règles et le développement de l'orthographe française. M. Touzin

L'écriture remplit deux fonctions. Elle véhicule un message entre un émetteur et un récepteur qui ne sont pas dans le même espace et elle traverse le temps. C'est un système de communication par signes visibles entre individus. L'acquisition de la lecture est importante pour la réussite scolaire, celle de l'orthographe également ; les évaluations scolaires reposant sur des productions écrites des enfants. Pour ceux qui présentent un trouble de l'orthographe, les difficultés vont être chroniques. En effet, la récupération est meilleure en lecture qu'en orthographe, en partie parce que les processus y sont plus simples. La production du langage écrit nécessite la mise en œuvre d'un ensemble de processus : langagier, mnésique, exécutif, perceptivo-moteur.

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L'évaluation neuropsychologique et orthophonique des troubles du langage écrit

L'évaluation neuropsychologique des troubles de la lecture. P. Gillet

Deux approches sont généralement proposées pour évaluer les troubles d'acquisition scolaires et tout particulièrement les troubles d'acquisition en langage écrit. Dans les tests envisagés, il faut commencer par ceux conçus dans une approche psychométrique pour se référer explicitement aux critères diagnostiques du DSM-IV [2]. La seconde approche, qui suit l'identification psychométrique de la dyslexie, vise à rechercher les déficits cognitifs qui lui sont spécifiquement associés

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L'évaluation du langage écrit. M. Touzin

Les troubles du langage écrit doivent être dépistés rapidement pour pouvoir être traités de façon adaptée. Les enseignants doivent être avertis de l'existence de tels troubles pour pouvoir repérer dans leur classe les enfants qui sont en difficulté dans l'apprentissage de la lecture. Tous ne relèvent pas d'un traitement spécifique car les causes de cet échec à l'apprentissage sont variées. Mais une partie d'entre eux nécessitera une rééducation orthophonique, seul traitement rééducatif de ce type de difficultés. Une pédagogie adaptée à leurs troubles devra également être mise en œuvre par l'enseignant. L'examen du langage ainsi que la rééducation seront prescrits par un médecin. Celui-ci aura auparavant recherché toute cause évidente à ces troubles, que ce soit sur le plan sensoriel, psychologique, intellectuel ou autre. Si rien ne semble pouvoir expliquer à lui seul les difficultés repérées, alors il demandera l'avis de l'orthophoniste. On ne peut pas parler de trouble dyslexique avant d'avoir appris à lire, mais il faut être attentif aux facteurs de risque et aux facteurs prédictifs (notamment repérer des signes dans le langage oral).

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Les troubles du langage écrit : les dyslexies-dysorthographies de développement

Le dépistage des troubles du langage écrit, troubles spécifiques et secondaires. C. Billard

Les Troubles d'acquisition du langage écrit sont réputés pour être une des causes les plus fréquentes d'échec scolaire. La réponse de soins et de pédagogie différenciée dépend de plusieurs éléments :

- Un repérage précoce par l'enseignant qui prend conscience que cet enfant n'a pas les mêmes acquisitions que ses camarades, ou par des parents qui s'étonnent de difficultés qu'ils n'ont pas rencontrées chez leurs autres enfants.

- Un dépistage de bonne qualité qui va confirmer ou non la réalité de la plainte et définir les éléments de diagnostic et de typologie adéquats qui permettront de construire la réponse pédagogique et de soins.

- Un diagnostic qui dépendra de différentes compétences, médicale, orthophonique et/ou psychologique.

Cette démarche conduira à définir la nécessité, la fréquence et la spécificité des soins (rééducation orthophonique intensive ou non, prise en charge en psychomotricité, ergothérapie ou psychothérapie). Elle conduira aussi à conseiller le pédagogue sur les mesures d'adaptation nécessaires et la pédagogie différenciée.

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Sémiologie et classification des dyslexies. M. Plaza

La classification des dyslexies permet d'établir le diagnostic des différents troubles spécifiques du langage écrit afin d'orienter la prise en charge des enfants. Sur le plan scientifique, elle permet d'élaborer des programmes de recherche incluant des populations homogènes. Lorsque les critères de classification et les méthodologies utilisées pour les construire sont comparables, il est possible aux chercheurs de confronter leurs résultats d'un pays à l'autre, d'une langue à l'autre.

La grande limite des classifications vient de ce que le profil d'un enfant ne se superpose jamais totalement à une catégorie, à un type ou à un sous-type de trouble. En ce sens, la prise en charge d'un enfant doit tenir compte de paramètres très divers, bien au-delà de la catégorie diagnostique. La seconde limite des classifications vient de ce qu'elles sont tributaires de conceptions théoriques qui influencent les méthodes d'évaluation des troubles, et donc les typologies. Les classifications doivent donc être comprises comme des schémas de connaissance éminemment transitoires et incomplets, susceptibles d'être remaniés. Les classifications qui sont aujourd'hui utilisées pour les dyslexies de l'enfant reposent sur des connaissances multiples (neuropsychologie de l'adulte et de l'enfant, sciences de l'éducation, psycholinguistique, psychologie du développement, psychologie cognitive et neurosciences). Le diagnostic différentiel des dyslexies se fonde sur une série de contrastes qui constituent des sortes de paliers diagnostiques.

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Les déficits phonologiques au coeur de la dyslexie.
L. Sprenger-Charolles

Pour faire un diagnostic correct, le praticien doit savoir comment fonctionnent les procédures d'identification des mots écrits chez l'adulte et, surtout, comment elles se mettent en place chez l'enfant, un dysfonctionnement ne pouvant se comprendre que par rapport à une norme. Dans un système d'écriture alphabétique (comme en français, en anglais, en espagnol…), le lecteur dispose en fait de deux procédures pour identifier les mots écrits : une procédure visuo-orthographique, qui permet de reconnaître « globalement » le mot, et une procédure phonologique, par laquelle on a accès au mot par une opération de « décodage ». Dans la première partie, on examinera comment ces deux procédures, qui permettent une activation très rapide des représentations orthographiques et phonologiques des mots écrits chez le lecteur expert, se mettent en place chez l'apprenti lecteur. Les études dans ce domaine montrent que la procédure phonologique joue un rôle clé dans la dynamique développementale. En conséquence, tout déficit de cette procédure devrait entraîner un déficit de la procédure orthographique. On ne devrait donc pas trouver de profils dissociés,de type dyslexie phonologique (se caractérisant par des performances phonologiques détériorées et des performances visuo-orthographiques relativement bien préservées) ou dyslexie de surface (avec des performances orthographiques détériorées et des performances phonologiques relativement bien préservées) chez les dyslexiques du développement. Dans la seconde partie, on examinera des données provenant d'études de groupes de dyslexiques qui permettent de savoir quelle est en fait la prévalence des différents profils de dyslexie. La troisième partie sera centrée sur l'origine possible des dysfonctionnements des procédures d'identification des mots écrits chez les dyslexiques. S'il existe différentes formes de dyslexie, différentes causes pourraient en être à l'origine. Ainsi, les problèmes des dyslexiques souffrant d'un déficit de la procédure orthographique pourraient théoriquement s'expliquer par un déficit visuel les empêchant de « fixer » l'image orthographique des mots et ceux des dyslexiques phonologiques par un déficit spécifiquement phonologique. Dans cette partie, on présentera rapidement les résultats classiques montrant que des déficits spécifiques en mémoire phonologique à court terme et en analyse phonémique sont relevés chez les dyslexiques ainsi que de nouveaux résultats qui indiquent qu'un déficit de traitement des sons du langage pourrait être à l'origine de la dyslexie.

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Les troubles visuo-attentionnels dans les dyslexies développementales. S. Valdois

La dyslexie de surface est, avec la dyslexie phonologique, une des formes de dyslexie les mieux connues. Cependant, aucun trouble cognitif n'a été jusqu'ici mis en évidence dans le contexte de ces dyslexies de surface. Par ailleurs, le profil de performance de ces enfants s'apparente à celui d'enfants plus jeunes non dyslexiques. Ces deux constats conduisent à considérer la dyslexie de surface comme un simple retard d'apprentissage. Le but de cet exposé sera de démontrer l'existence de troubles visuo-attentionnels associés aux dyslexies de surface et de proposer un cadre théorique permettant de comprendre l'impact d'un tel déficit sur l'apprentissage de la lecture. La mise en évidence de troubles visuo-attentionnels, potentiellement à l'origine des dyslexies de surface, est fondamentale tant d'un point de vue théorique que diagnostique ou clinique. D'un point de vue théorique, ceci suggère que les capacités de traitement visuo-attentionnel pourraient être un pré-requis à l'apprentissage de la lecture, au même titre que les capacités de traitement phonologique (intérêt pour la prévention des troubles d'apprentissage). D'un point de vue diagnostique, les travaux présentés ici suggèrent que, pour une meilleure compréhension de l'origine de leurs difficultés, il est indispensable d'évaluer systématiquement à la fois les compétences visuo-attentionnelles des enfants dyslexiques et leurs compétences métaphonologiques. D'un point de vue clinique, les méthodes rééducatives proposées dans le contexte de troubles visuo-attentionnels seront bien différentes des méthodes de prise en charge utilisées pour remédier aux dyslexies phonologiques.

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La dyslexie développementale : déficit phonologique spécifique ou trouble sensori-moteur global ? F. Ramuz

Plusieurs théories de la dyslexie développementale ont émergé des recherches de ces dernières années. Ces études ont engendré des propositions de traitement multiples, souvent contradictoires. D'où l'importance d'une analyse critique de ces différentes théories.

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Morphologie et dyslexie de développement : apports de la recherche. P. Colé, S. Casalis

La recherche dans le domaine de la dyslexie a permis de caractériser un trouble spécifique de la reconnaissance des mots écrits chez les lecteurs dyslexiques. Des recherches récentes mais rares montrent que les connaissances morphologiques de ces lecteurs seraient relativement préservées, voire sous certaines conditions bien développées, contrairement aux connaissances phonologiques. Ces recherches montrent également que les lecteurs dyslexiques utilisent de façon compensatoire la morphologie des mots pour les lire ; les morphèmes composant les mots leur offrant un support sémantique important. Cet article présente donc, d'une part, une synthèse des travaux dans ce domaine et, d'autre part, une discussion centrée sur les bénéfices d'un entraînement morphologique dans le cadre d'une remédiation en lecture.

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Les dysorthographies développementales et leur classification. M. Touzin

Les premières dysorthographies acquises ont été décrites chez les patients cérébrolésés. Les dysorthographies de surface sont consécutives à une atteinte de la voie lexicale (généralement du lexique orthographique de sortie) et, pour écrire, le patient a recours à la voie extra-lexicale. Le système de conversion phonographémique respecterait alors la fréquence des correspondances et certaines contraintes contextuelles et positionnelles. Les dysorthographies phonologiques résulteraient d'une atteinte de la voie extra-lexicale et impliqueraient le recours à la voie lexicale pour transcrire. Les déficits peuvent se situer à chacun des trois niveaux (segmentation, conversion, assemblage). Sur le plan développemental, il semblerait que la dyslexie s'accompagne de troubles au moins aussi sévères, sinon plus, au niveau de l'orthographe. Ceci prouverait que le développement de ces habiletés requiert un degré important d'interactions.

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Les rééducations des dyslexies-dysorthographies

Introduction à la rééducation des troubles du langage écrit. M. Touzin

Ces dernières années, la recherche s'est beaucoup intéressée au développement normal et pathologique de la lecture, donnant lieu à de nombreuses publications. Ceci doit permettre aujourd'hui des améliorations substantielles dans le traitement des troubles spécifiques du langage écrit. Ces études ont mis en avant l'importance des compétences métaphonologiques, comme la fusion phonologique et l'analyse phonologique qui représentent des composantes cruciales de l'apprentissage de la lecture. Beaucoup d'études ont testé l'importance des effets de l'entraînement métaphonologique sur le traitement et la prévention des troubles de la lecture. D'autres investigations ont dérivé leurs procédures des différents modèles. Tous les modèles soutiennent la notion que la reconnaissance du mot se fait par deux processus différents, l'un direct (le mot est reconnu comme une unité spécifique) et l'autre par lequel le mot est reconnu par assemblage des composants sublexicaux. Les modèles diffèrent par le degré d'indépendance des processus. Certains soutiennent l'idée que la voie directe serait une sorte de « dernière étape » de la voie indirecte, qui accélère le processus de reconnaissance en réduisant le nombre d'unités à assembler, et qui forme des représentations spécifiques des mots en violant les lois de la relation entre orthographe et phonologie. La voie directe est alors complètement dépendante de la voie indirecte. Au contraire, d'autres modèles soutiennent la notion d'une indépendance complète dans le développement des deux voies.

Mais le processus d'acquisition de la lecture chez l'enfant dyslexique ne se fait pas correctement. Ainsi, une ou plusieurs composantes sont défaillantes, une ou plusieurs étapes ne peuvent être atteintes. Les déficits ont des répercussions sur la lecture et il est parfois difficile de les identifier spécifiquement. Le rôle de l'évaluation est donc de les identifier grâce à l'observation de leurs conséquences. La rééducation, quant à elle, doit s'adapter précisément à l'enfant, à ses déficits, en prenant appui sur ses compétences. Elle ne doit pas ignorer les besoins de l'enfant et les exigences environnementales, scolaires et familiales auxquelles il est soumis.

Le but de la rééducation de la lecture est de permettre à l'enfant d'acquérir la fluidité et l'automaticité dans l'identification des mots et ainsi accéder au sens. Le but de la rééducation de la transcription est que l'enfant arrive à évoquer la bonne forme orthographique des mots (fonctions phonographique (le son) et sémiographique (le sens) et qu'il applique les règles conventionnelles grammaticales pour pouvoir transmettre de façon fonctionnelle une information écrite. Plusieurs cas doivent être considérés selon la nature et la gravité du trouble, déterminées durant l'évaluation, et par l'adaptation scolaire de l'enfant. L'évaluation initiale doit permettre de fixer les objectifs du projet thérapeutique. Une autre évaluation devra servir à vérifier l'efficacité de la rééducation, pour au besoin réenvisager les techniques employées et les objectifs à atteindre.

L'intensité de la rééducation dépendra de l'intensité des troubles : un trouble spécifique sévère devra être rééduqué à un rythme soutenu, alors qu'un trouble modéré pourra être suivi de façon plus légère.

Le contenu de la rééducation va dépendre du type de troubles et de l'analyse des difficultés (trouble du traitement de l'information visuelle et/ou auditive par exemple). Elle devra s'attacher à la rééducation des déficits mais ne pas oublier tout l'aspect du développement des stratégies nécessaires à une utilisation fonctionnelle des compétences et notamment développer des stratégies de compensation face à certains déficits résistants.

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La rééducation de la conscience phonologique.
C. Varin

Le français est une langue alphabétique. Cela signifie que chacun de ses phonèmes a un équivalent écrit, un graphème. L'enfant en situation d'apprentissage de la lecture et de l'écriture doit prendre conscience de cette correspondance systématique et, donc, préalablement, prendre conscience de l'existence des unités qui composent la chaîne parlée : les phonèmes. Un travail sur cette conscience phonologique est donc indispensable pour permettre l'apprentissage de la lecture chez les enfants tout-venant, a fortiori chez les enfants dyslexiques chez qui elle est déficiente. La relation entre les habiletés métaphonologiques et la lecture et l'écriture est par ailleurs faite d'interactions, chacune de ces aptitudes renforçant l'autre. De ce fait, il semble nécessaire de développer les performances de l'enfant en conscience phonologique, mais également d'associer les exercices de conscience phonologique à la présence des items écrits, de façon à ce que l'enfant prenne conscience de la relation phonème-graphème.

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Le travail de la voie d'assemblage. C. Varin

La voie de lecture dite par assemblage est fondée sur la correspondance grapho-phonologique. Elle permet de lire les non-mots et les mots réguliers. Lorsque cette voie est déficiente, chez les sujets dyslexiques notamment, il est indispensable de favoriser sa mise en place grâce à une rééducation ciblée.

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Le travail de la voie d'adressage. M. Pagnard

Certains enfants dyslexiques mettent spontanément en place l'utilisation de la voie d'adressage en lecture. Cette procédure ne sera donc abordée en rééducation qu'en fonction d'objectifs très précis. Le premier cadre d'intervention s'adresse à certains enfants non lecteurs pour lesquels la mise en place de l'assemblage en lecture peut s'avérer extrêmement difficile. Le développement de la procédure d'adressage peut alors être proposé comme une « porte d'entrée » dans l'écrit. Progressivement, l'enfant sera conduit à s'appuyer sur les premiers acquis en global pour favoriser l'analyse grapho-phonétique. Le second cadre d'intervention (et selon des modalités différentes) s'adresse à des enfants déjà lecteurs s'appuyant très peu, voire pas du tout, sur la procédure directe (voie d'adressage) : il s'agit alors d'améliorer leurs stratégies de lecture en créant des automatismes de lecture. Cette approche est d'autant plus justifiée que l'utilisation de la procédure indirecte (voie d'assemblage) mobilise trop de ressources cognitives pour l'enfant par absence ou insuffisance d'automatisation. Hormis ces deux grands cadres d'intervention, les difficultés de mise en place de la voie d'adressage peuvent dépendre directement, en amont, de compétences insuffisantes requises au niveau du traitement visuel. C'est pourquoi seront initialement présentés les axes de travail envisageables au niveau du processeur visuel pour pallier les éventuelles difficultés de traitement visuel en amont.

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L'apport de l'outil informatique. M. Pagnard

L'outil informatique permet une grande souplesse d'intervention grâce aux nouvelles conditions de paramétrage et une meilleure standardisation des conditions d'entraînement, sous réserve de programmes offrant suffisamment de capacités « d'ouverture ». Mais, à l'instar des procédures traditionnelles, l'intégration de l'outil informatique doit s'inscrire dans un programme thérapeutique préalablement élaboré en raisonnant sur les stratégies efficientes et déficitaires en référence aux modèles. Pour l'enfant, l'informatique permet de contourner des difficultés associées, notamment par une meilleure mobilisation de l'attention et l'opportunité de contourner les difficultés graphiques. Mais l'approche informatique ne se résume pas à un nouvel environnement, et doit aussi être pour l'enfant l'opportunité d'une familiarisation puis d'une assimilation du traitement de texte, indispensable à terme pour le dysorthographique.

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Les difficultés spécifiques de compréhension du langage écrit. M. Pagnard

Cet article aborde les difficultés spécifiques de compréhension du langage écrit qu'il importe de bien distinguer des difficultés de compréhension du langage oral au niveau de l'intégration morphosyntaxique ou lexicale ainsi que du manque d'automatisation au niveau de l'identification du mot écrit, limitant l'accès à la compréhension.

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L'accompagnement psychologique de l'enfant dyslexique et de ses parents. O. Hertzler

La rencontre avec l'enfant présentant des troubles du langage écrit soulève d'importants enjeux psychologiques. Les entretiens psychologiques avec les parents et l'enfant constituent un lieu de soin, pendant de la rééducation orthophonique. Dans ce cadre, un certain type de travail, prenant en compte les aspects psychiques et familiaux, est mobilisé, qui va permettre à l'enfant et aux parents d'être eux-mêmes acteurs dans le processus thérapeutique.

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